La réforme des écoles d'arts
Allez, ça faisait longtemps, un peu de propagande.Lorsque j'étais à l'école des beaux-arts d'Angers en 2005-2006 nous avions été prévenu que nous étions la première promotion à expérimenter un nouveau système issu de la réforme LMD , avec la disparition des UV (Unité de Valeur) qui allait laisser la place aux ECTS (European Credits Transfer System) dans le cadre d'une "harmonisation" européenne.
Le malaise était tel que les changements ont été minimisés et se sont fait progressivement.
Ce système issu de l'université ne semblait pas du tout adapté aux écoles d'arts, et produisait un certain nombre d'absurdité.
A l'époque déjà, peu de temps avant les Assises nationales des écoles d'arts , l'école avait fait une réunion pour nous informer de leurs inquiétudes concernant ces réformes dites "d'harmonisation" qui risquaient de faire disparaitre certaines écoles.
Après je suis parti à Strasbourg, où nous avons expérimenté le nouveau système d'accréditation de ces ECTS sur la base suivante:
-Chaque "cours" devra valoir un certain nombre de crédits.
-A chaque semestre chaque cours comporte une évaluation pour l'obtention (ou non) des crédits. (Les évaluation orales ou "Bilans" comptent beaucoup moins qu'avant)
-Si tu obtient A, B ou C, comme évaluation tu as tout les crédits du cours en question, si tu as en dessous (D, E ou F) tu n'en as aucun. (pas de demi-mesure)
-La présence ou cours peut faire perdre ou gagner des crédits
Si j'ai bien compris c'est ça, car il faut bien dire ce qui est: personne ne comprenais rien au nouveau système (je passe les détails), y compris les professeurs.
En tout cas la majorité était d'accord pour dire que ce système est catastrophique et encore une fois, pas du tout adapté aux écoles d'arts.
Ils ne pouvaient pas s'arrêter en si bon chemin. Il y a quelques semaines j'ai reçu un mail qu'un prof des arts décos a envoyé à ses élèves, dans lequel il nous apprenais l'existence d'un rapport, de l'AERES (Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur) commandé par le gouvernement.
Pourquoi cette "évaluation prescriptive" des écoles d'arts? Il semblerait que dans le cadre de "l'harmonisation" européenne le diplôme délivré par les écoles d'arts serait invalidé du fait qu'il ne correspond pas au grade de Master. Donc pour savoir comment "masteriser" tout ça, le ministère de la culture (Rappelons que Christine Albanel est déjà mise en cause sur d'autres dossiers) et le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (Rappelons que Valérie Pécresse est une tête à claque) a demandé à l'AERES d'envoyer son "comité d'expert", présidé par Jean-Pierre Greff qui a été directeur de l'école des arts décos de Strasbourg de 1993 à 2003, et qui ne s'y est pas fait que des amis (je pèse mes mots).
Le rapport de l'AERES
Résultat: basé sur des critères en décalage totale avec l'esprit des écoles d'arts publiques, l'évaluation prescrit aux écoles d'arts de se calquer encore plus sur le modèle de l'université pour que le diplôme corresponde au grade de master. Même si le rapport ne dit pas clairement qu'il faut faire disparaître les spécificités des écoles d'arts, il semble contradictoire de faire coexister ces prescriptions, avec le système actuel.
Je ne résiste à l'envie de copier ici un extrait du mail du professeur de Strasbourg qui nous a informé du rapport:
"Vous savez qu'une réforme est en cours et si elle prend grandement forme par des aspects positifs (mobilité internationale en particulier, valorisation de vos diplômes) il reste toujours ce "mal" français qui est de standardiser tout enseignement supérieur selon la seule référence qu'est l'Université.
Il n'est pas ici question de la remettre en cause dans son fonctionnement car elle répond grandement à une norme sociale, pour autant cette norme n'est pas valable pour tous et certainement pas pour les formations artistiques. J'ai été étudiant dans une école d'art -par incapacité à me "reconnaître" dans une autre formation-, j'ai une vie d'artiste et je professe -avec vous- dans une école d'art. Une expérience nullement comparable avec la formation universitaire."
Tout est dit: si les étudiants choisissent de faire des études d'arts dans des écoles spécialisés, c'est précisément parce que la faculté ne leur semblait pas être pour eux! Mais aujourd'hui c'est la mondialisation, alors il faut tout uniformiser, pour favoriser la (ou les) "libre circulations"...
Je ne veux pas opposer les écoles d'arts aux fac d'arts plastiques, mais soyons clair: si on faisait une "évaluation comparative" du taux de satisfaction des étudiants dans les écoles d'arts d'une part, et dans les faculté d'arts plastiques d'autre part, sans vouloir trop m'avancer, je crois que le résultat serait sans appel.
Précisément pour leur singularité, les écoles d'arts en France sont réputés dans le monde entier. Dans de nombreux pays, faire une école d'art en France est le nec plus ultra. Ce sont vraiment des lieux à part, relativement en dehors des formalités et des conventions de l'enseignement supérieur "traditionnel", où tout est réinventé en permanence. Mais le docteur AERES nous prescrit que ce temps est révolu.
Le rapport prescrit entres autres choses aux écoles d'embaucher des enseignants sur leur "réputation internationale" et non sur leur qualité de pédagogues.
Suite à cela un mouvement social s'est mis en place. De nombreux courriers ont été envoyé à Christine Albanel. (Pour ma part j'avais pensé envoyer une balle par la poste, il parait que c'est très tendance en ce moment)
J'avoue être assez fier de voir qu'Angers a été une des première à réagir, et semble très mobilisé tant les professeurs que les étudiants.
Lettre de l'école de Nantes
Lettre de l'école de Toulouse (signer l'appel)
Lettre de l'école de Tarbes
Lettre de l'école d'Angers
Lettre de l'école d'Aix-en-provence
Lettre de l'école du Mans
Lettre de l'école de Nîmes
Lettre de l'école de St Etienne
Lettre de l'école d'Avignon
Lettre de l'école de Quimper
Lettre de l'école de Strasbourg
Lettre de l'école de Grenoble
Lettre de l'école de Brest
Lettre de l'école de Bordeaux
Lettre de l'école de Rueil-Malmaison
Lettre des écoles de Metz et Épinal
Lettre de l'école de Rennes
Lettre du réseau des écoles de Bretagne
Lettre de l'école de Lorient
Lettre de l'école de Valence
Lettre de l'école de Dijon
Lettre de l'école de Nancy
Lettre de l'école d'Orléans
Lettre de l'école de Reims
Lettre de l'école de Tours
Lettre de l'école de Cherbourg
Lettre de l'école de Pau
Lettre des étudiants de Tarbes
Lettre des étudiants d'Angers
Lettre des étudiants d'Angoulême
Lettre des étudiants de Rennes
Lettre des étudiants de Nîmes
Lettre des étudiants de Quimper
Lettre des étudiants de Tourcoing
Texte de François Deck
Lettre ouverte au "comité d'expert" de l'AERES de Paul Devautour
Lettre des directeurs de Lyon et Arles
Texte de Dominique Pasqualini
Lettre de Balbino Bautista
Texte d'Oscarine Bosquet
"Faire ou défaire l'école" - (Pétition en ligne)
Bien entendu, silence radio dans les médias... normal: les écoles parisiennes ne se sont pas encore manifestés.
Vous pouvez retrouver tout ces documents sur le blog de la CNEEA (Coordination Nationale des Enseignants d'Ecoles d'Art).